La machine à écrire
Je t'écris sur ma superbe IBM et me laisse enivrer par les tic-tic — tic-tic-tic — slang. L'étrange morse de ces secrétaires aux doigts titubant sur le clavier rocailleux.
Prisonnière de l'étreinte des rouleaux oppressifs, la feuille livide attend son supplice. D'un geste de ma main, l'appareil frappe la blanche de son noir dessein. Machine de torture, morgenstern hérissée de signes, frappant sans relâche l'écharpe de deuil de la blanche feuille, laissant sur la vierge les stigmates punissant son mutisme.
Je me déclare bourreau lubrique et de cette belle, arracherai quelques secrets, mes joies ou mes affres.
Je décroche du clou ma Remington, caresse fébrilement la touche, arme le percuteur et j'appuie… Le métal vient noircir ta tempe et le Pénée sourd de ton crâne fertile. Une encre vermeille s'écoule en offrande aux pieds des Dieux. Ton visage couvert d'ecchymoses me dévoile des beautés insoupçonnées. Je veux d'une dague dactyle percer tes plus charmants secrets.
Poème à l'ode de ma belle machine à écrire Décembre 1989